Au pays de l'ours esprit
Fabrice SimonSelon une légende amérindienne, lors du retrait des glaces, le Corbeau créateur a survolé les riches forêts pluviales de la Colombie Britannique. S'arrêtant sur une île habitée par des ours noirs, le corbeau transforma le pelage de chaque dixième ours qu'il rencontra sur son passage. Ceux-ci, ainsi devenus blancs, seraient à jamais la mémoire du début des temps.
Cet animal unique ne saurait être comparé à l'Ours polaire puisqu'il n'est qu'une sous-espèce du Baribal ou Ours noir (ursus americanus). On l'appelle Ours Kermode (ursus americanus kermodei) en hommage à Francis KERMODE, un des premiers scientifiques l'ayant étudié. Mais les peuples indigènes le nomment plus couramment Ours esprit.
La couleur de cette robe résulte de l'accouplement de deux individus porteurs du gène récessif blanc.
Le chiffre de la population de certaines îles ou il est présent, est inconnu, mais il est probablement de l'ordre de quelques centaines d'individus, noirs et blancs confondus. Le nombre des individus blancs quant à lui ne s'élève qu'à quelques dizaines de spécimens. La protection de leur habitat est donc extrêmement urgente et importante.
UNE SITUATION CRITIQUE
L’ours esprit est un trésor unique pour le Canada comme le panda l’est pour la Chine.Malgré que cet héritage soit si précieux pour la Colombie-Britannique, son avenir est incertain.
Avec plus de 100 ans de développement et d’exploitation dans et autour de l’épicentre de son habitat, le kermode décline petit à petit dans certaines régions qu’il délaisse
progressivement.
Cet ours sauvage doit rester dans un lieu sauvage.
Le dernier écosystème encore assez préservé, est le secteur connu sous le nom de “la terre du grand ours ”, the Great Bear Rainforest.
Il est composé de l’île de la Princesse Royale et de quelques iles assez proches.
Dans ces contrées féériques, la concentration peut être plus forte et plus de 10 % des naissances sont blanches.
Or même ici, l’exploitation forestière est une menace pour cet habitat si unique et si fragile ou vive des cerfs sitka, des grizzlis, des loups gris pêchant le saumon... et bien évidemment les
5 espèces du saumon d’Amérique du Nord qui y viennent frayer.
La déforestation influe directement sur la reproduction du saumon, et donc directement sur l‘écosystème de cette région.